Le conte
Le conte existe depuis sûrement aussi longtemps que la pensée imaginaire de lhomme. Ainsi, bien avant que lHomo sapiens ne sache lire et écrire, le conte se transmettait-il par la parole. Ses origines se rattachent donc dabord à lorature avant quon ne le retrouve dans la littérature, écrit dans des livres de contes pour enfants. De ce fait, je ne considère donc pas nécessaire de vous relater, en exemple, un quelconque récit de conte que vous avez déjà lu et entendu tant de fois comme celui de Cendrillon ou de Blanche-Neige.
Nous savons tous bien ce que cest quun conte, alors que peut-on dire de plus que : « c'est une histoire qui commence par, il était une fois, et qui se termine par, ils vécurent heureux et eurent beaucoup denfants »? Eh bien une multitude de choses. Tout dabord, nous pouvons comparer ce genre de récit merveilleux à la légende qui, comme lui, fut en premier lieu un récit oral avant dêtre écrit. Contrairement à la légende, le conte échappe à toute temporalité et à toute localisation. Cest-à-dire que nous ne pouvons pas situer un conte dans une époque ni à une date précise et que nous ne pouvons pas non plus dire où lhistoire sest déroulée et à quel endroit spécifiquement.
De plus, par opposition à la légende qui est un récit de croyance, le conte, lui, na comme seul but que le divertissement. Il répond à un besoin dévasion et de détente. Nous savons bien que lhistoire qui nous est contée est fausse, que les personnages sortent de limaginaire de lauteur et que les événements décrits nont jamais existés. Le conte est en quelque sorte une menterie autorisée. Nous aimons à nous laisser bercer par la beauté de lirréel et la quiétude dun univers qui nexiste pas. Comme celui-ci est avant tout destiné à nous plaire, on y retrouve une forte préoccupation esthétique.
Cest pourquoi les auteurs de conte usent de lart de la beauté dans leurs histoires. Par conséquent, nous retrouvons des personnages ou plutôt des types de caractères physiquement parfaits ; des princesses dune beauté toujours exceptionnelle et des princes beaux comme des dieux. On dit de ces personnages quils sont plutôt des caractères, car ils nont aucune profondeur psychologique, les demoiselles sont gentilles et douces et les messieurs sont braves et nont peur de rien. Dans le conte, on na pas besoin dapprofondir la psychologie des personnages, car son intérêt est centré sur laction avant tout et sur le merveilleux. Ainsi, il y a les bons qui gagnent et les méchants qui perdent toujours.
Le conteur nous transporte dans un univers féerique où les monstres et les lutins se côtoient dans des pays merveilleux. Le merveilleux dont il est ici question est aussi appelé surnaturel conventionnel. Dans ces mondes enchantés, nous retrouvons différents types de surnaturel conventionnel : le surnaturel hyperbolique, exotique, instrumental et scientifique. Jusquà présent, nous avons eu comme portrait les contes traditionnels, ceux qui hantaient notre enfance le soir avant daller dormir, mais il en existe quelques autres. Il y a le conte dorigine populaire (même que traditionnel sauf écrit) où nous avons droit à plusieurs sortes de surnaturel. Tout dabord, celui que nous retrouvons le plus fréquemment est le surnaturel instrumental qui se rattache aux objets magiques, comme la baquette magique dune fée ou une flûte enchantée. En second lieu, nous avons le surnaturel hyperbolique, caractérisé par les exagérations verbales du conteur : « Le dragon était gros comme la montagne ». Cela nous rappelle les histoires de pêche de notre oncle qui avait pris une truite de 10 pouces et qui, après avoir raconté son histoire de pêche une vingtaine de fois, était rendu à une truite de 20 pouces.
Le conte fantastique pour sa part est souvent en relation avec un événement qui déroge du monde habituel dans lequel nous vivons, notamment des chaises qui flottent dans les airs. On peut aussi le rapprocher du surnaturel exotique qui est aussi une déformation du réel. Les créatures, comme le monstre du Lochness ou le « Big Foot » font partie de cette catégorie. Pour ce qui est du surnaturel scientifique, il est surtout présent dans les contes à anticipation futuriste. On y retrouve alors des actions ou des événements, comme la téléportation, qui pourraient être envisageables dans les années futures.
Il existe aussi dans la littérature un conte quelque peu à part des autres. Bien quil comporte toutes les qualités dun conte populaire, des éléments sy rajoutent. Le conte philosophique ayant comme instigateur Voltaire a fait son apparition au XVIe siècle. Candide particulièrement, en plus dêtre un conte, a été utilisé par son auteur comme arme de critique envers loptimisme démesuré, doù cette phrase célèbre : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes », une tirade qui se veut avant tout ironique. Ce type de conte se distingue donc de ses confrères, car il sert aussi dinstrument à lexpression philosophique de celui qui lécrit.
En définitive, le conte se veut un récit à préoccupation esthétique où lauditeur peut se laisser emporter paisiblement dans un univers surnaturel, car il est dégagé de tout lien référentiel au réel ; tout ne tient quà limaginaire.
